Réutiliser l’eau des toilettes : du déchet à la ressource
Les toilettes utilisent encore une part importante de notre eau potable. Mais que devient l’eau après usage ? Traitement, recyclage et réglementation permettent aujourd’hui d’envisager une autre logique que le simple rejet.
Le titre du post à l’origine de cet article était volontairement provocateur : « Je bois l’eau de mes toilettes. » Derrière la formule se trouve une vraie question technique : jusqu’où peut aller le traitement d’une eau usée, et surtout pour quels usages peut-elle réellement être réutilisée ?
Réutilisation de l’eau des toilettes : de quoi parle-t-on ?
Une fois la chasse tirée, l’eau devient une eau usée chargée de matières organiques, de micro-organismes et de différents contaminants.
Dans le vocabulaire réglementaire, ces effluents issus des toilettes sont appelés eaux-vannes.
Leur traitement nécessite donc une filière adaptée. Elles ne peuvent pas être assimilées à une simple eau grise provenant d’une douche ou d’un lavabo.
Mais « eau usée » ne signifie pas nécessairement « eau inutilisable pour toujours ». Une fois correctement traitée, elle peut atteindre une qualité compatible avec certains nouveaux usages, sous réserve du cadre réglementaire applicable.
Une chasse d’eau n’utilise pas nécessairement 12 litres
Le post d’origine évoquait 12 litres d’eau potable à chaque déclenchement de chasse.
Cette valeur peut correspondre à des équipements anciens, mais elle ne représente pas les installations modernes.
Une chasse récente à double commande utilise généralement des volumes de l’ordre de 3 ou 6 litres. L’enjeu reste néanmoins important : selon l’ADEME, les WC représentent environ 20 % de l’utilisation domestique de l’eau en France.
Même avec des équipements économes, une quantité importante d’eau de qualité potable reste mobilisée pour un usage qui n’exige pas, en lui-même, d’être alimenté par une eau destinée à la boisson.
Faut-il vraiment de l’eau potable pour tirer la chasse ?
Pas nécessairement.
Le cadre français autorise déjà, sous différentes conditions, l'utilisation de certaines eaux impropres à la consommation humaine pour l'évacuation des excreta.
Cela peut notamment concerner certaines eaux brutes, des eaux grises correctement traitées et, dans le cadre expérimental actuellement prévu par la réglementation, des eaux-vannes traitées.
Le principe est simple : réserver une eau de qualité potable aux usages qui nécessitent réellement cette qualité, et produire pour les autres usages une eau répondant au niveau de qualité requis.
Peut-on traiter les eaux des toilettes puis les réutiliser ?
Techniquement, oui : une filière de traitement correctement dimensionnée peut réduire la charge organique, les matières en suspension et la contamination microbiologique d’une eau usée.
Différentes étapes peuvent être combinées :
- Prétraitement
- Traitement biologique
- Séparation des matières
- Filtration ou membranes
- Désinfection
- Stockage sécurisé de l’eau traitée
Le niveau de traitement dépend ensuite de la qualité de l’effluent entrant et surtout de l’usage auquel l’eau sera destinée.
La réglementation française ouvre certains usages des eaux-vannes traitées
Depuis le décret du 12 juillet 2024, la France dispose d’un cadre permettant, à titre expérimental jusqu’au 31 décembre 2034, d’autoriser certaines utilisations domestiques d’eaux-vannes issues des toilettes après traitement.
Le texte prévoit notamment, sous réserve des conditions et autorisations applicables, leur utilisation pour :
- L’évacuation des excreta
- Le nettoyage des surfaces extérieures
- L’arrosage des espaces verts
- Certains usages d’arrosage prévus par le cadre expérimental
Il ne s’agit donc pas d’une réutilisation libre : qualité de l’eau, conception du système, séparation des réseaux, suivi et procédure réglementaire doivent être respectés.
« Je bois l’eau de mes toilettes » : techniquement provocateur, réglementairement non
Une chaîne de traitement avancée peut pousser très loin l’épuration d’une eau.
Cela ne signifie cependant pas que l’on peut utiliser librement une eau issue des toilettes comme eau de boisson.
Dans le cadre français actuel des usages domestiques, les eaux-vannes, y compris après traitement, restent interdites pour les usages liés à la boisson et à l’alimentation.
L’interdiction concerne également la préparation et la cuisson des aliments, le lavage de la vaisselle, l’hygiène corporelle, le lavage du linge, la brumisation ou encore le nettoyage des surfaces intérieures.
La performance technique d’une filière ne doit jamais être confondue avec l’autorisation réglementaire de l’usage final.
Une boucle d’eau doit rester parfaitement séparée du réseau potable
Dès qu’une eau non potable circule dans un bâtiment, la sécurité hydraulique devient essentielle.
La réglementation impose que les réseaux distribuant des eaux impropres à la consommation humaine restent en permanence complètement séparés du réseau destiné à la consommation humaine.
Cette séparation vise notamment à éviter toute interconnexion accidentelle susceptible de contaminer le réseau potable.
Identification des canalisations, conception, maintenance, surveillance et information des utilisateurs font donc partie intégrante du projet.
L’économie circulaire de l’eau commence par le bon usage
La logique de réutilisation ne consiste pas à produire systématiquement l’eau la plus pure possible.
Elle consiste à produire la qualité adaptée au besoin.
Une eau destinée à alimenter une chasse d’eau n’a pas les mêmes exigences qu’une eau destinée à l’alimentation humaine.
Vouloir systématiquement atteindre une qualité potable pour tous les usages peut donc conduire à ajouter des étapes de traitement qui ne sont pas nécessaires.
À l’inverse, sous-traiter une eau par rapport à son futur usage expose à un risque sanitaire.
Traiter localement pour éviter un nouveau prélèvement
Dans une logique décentralisée, un bâtiment peut être envisagé comme un ensemble de flux différents plutôt que comme un simple point de consommation puis de rejet.
Une partie de l’eau entre, répond à un premier besoin, est collectée puis traitée.
Lorsque le cadre réglementaire, la qualité obtenue et les besoins du site le permettent, cette eau peut alors être orientée vers un nouvel usage plutôt que d’entraîner immédiatement un nouveau prélèvement d’eau potable.
C’est notamment la logique de l’approche ASMR® – ACQUA SMart Reuse : analyser les flux à l’échelle du site pour associer chaque ressource au niveau de traitement et à l’usage appropriés.
Pourquoi parler des toilettes le 19 novembre ?
Le 19 novembre est la Journée mondiale des toilettes, une journée officielle des Nations unies depuis 2013.
Derrière un sujet qui prête facilement à sourire se trouve un enjeu sanitaire mondial majeur : disposer d’un assainissement sûr et correctement géré.
C’est aussi l’occasion de rappeler qu’une toilette ne représente pas seulement un équipement sanitaire.
Elle est le point de départ d’un flux d’eaux usées qui devra être collecté, traité et, demain de plus en plus souvent, peut-être valorisé.
Transformer un rejet en ressource, sans confondre les usages
Oui, les eaux issues des toilettes peuvent être traitées.
Oui, leur réutilisation peut avoir du sens dans certaines configurations.
Mais une économie circulaire de l’eau efficace ne consiste pas à déclarer que toutes les eaux traitées deviennent potables.
Elle consiste à caractériser le flux, appliquer le traitement approprié, sécuriser le système et affecter l’eau produite à un usage compatible avec sa qualité et la réglementation.
C’est ainsi que l’on passe réellement d’une logique de déchet à une logique de ressource.
Cadre relatif aux usages domestiques d’eaux impropres à la consommation humaine : Décret n° 2024-796 du 12 juillet 2024 – Légifrance
Conditions sanitaires et séparation des réseaux : Arrêté du 12 juillet 2024 – Légifrance
Journée mondiale des toilettes : Nations unies
La bonne eau, au bon niveau de qualité, pour le bon usage
ACQUA.ecologie® étudie les flux d’eaux usées afin de concevoir des filières de traitement, recyclage et réutilisation adaptées aux besoins réels de chaque site.
